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    La machine à coudre Singer

     

    Une machine Singer dans un foyer nègre,
    arabe, indien, malais, chinois, annamite,
    ou dans n'importe quelle maison
    sans boussole du tiers monde
    c'était le dieu lare qui raccommodait
    les mauvais jours de notre enfance.


    Sous nos toits son aiguille tendait
    des pièges fantastiques à la faim,
    son aiguille défiait la soif.

    La machine Singer domptait des tigres
    la machine Singer charmait des serpents
    elle bravait paludismes et cyclones
    et cousait des feuilles à notre nudité.


    La machine Singer n'était pas tombée
    des dernières pluies du ciel :
    elle avait quelque part un père,
    une mère, des tantes, des oncles,
    et avant même d'avoir des dents pour mordre
    elle savait se frayer un chemin de lionne.


    La machine Singer n'était pas toujours
    une machine à coudre attelée jour et nuit                                            à la tendresse d'une fée sous-développée.

     
    Parfois c'était une bête féroce
    qui se cabrait avec des griffes
    et qui écumait de rage
    et inondait la maison de fumée

     
    et la maison restait sans rythme ni mesure
    la maison cessait de tourner autour du Soleil
    et les meubles prenaient la fuite
    et les tables surtout les tables
    qui se sentaient très seules au milieu du désert de notre faim
    retournaient à leur enfance de la forêt

     
    et ces jours-là nous savions que Singer
    est un mot tombé d'un dictionnaire de proie
    qui nous attendait parfois derrière les portes
    une hache à la main !

    René Depestre

     

    Grand écrivain et poète Haïtien né en 1926 à Jacmel. Son père disparaît en 1936. La famille de  est pauvre et vit des travaux de couturière de la mère. René Depestre vit depuis de nombreuses années dans les Corbières audoises.

    « C'est grâce aux sacrifices de ma mère avec une machine à coudre que nous avons pu faire nos études. Elle voulait absolument qu'on fasse tous les cinq des études, qu'on aille au moins jusqu'au baccalauréat et même, dans mon cas, elle voulait que je sois médecin. C'est pour ça que dans mes poèmes la machine Singer occupe une place aussi importante. »

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Edward Hopper - La machine à coudre

     

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    Incompris

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Emile Nelligan (Montréal 1879-1941)

     

    [...]

    Je suis gai! je suis gai ! Dans le cristal qui chante,
    Verse, verse le vin ! verse encore et toujours,
    Que je puisse oublier la tristesse des jours,
    Dans le dédain que j'ai de la foule méchante !

    Je suis gai ! je suis gai ! Vive le vin et l'Art !...
    J'ai le rêve de faire aussi des vers célèbres,
    Des vers qui gémiront les musiques funèbres
    Des vents d'automne au loin passant dans le brouillard.

    C'est le règne du rire amer et de la rage
    De se savoir poète et objet du mépris,
    De se savoir un coeur et de n'être compris
    Que par le clair de lune et les grands soirs d'orage !

    [...]

    Je suis gai ! je suis gai ! Vive le soir de mai !
    Je suis follement gai, sans être pourtant ivre !...
    Serait-ce que je suis enfin heureux de vivre ;
    Enfin mon coeur est-il guéri d'avoir aimé ?

    Les cloches ont chanté ; le vent du soir odore...
    Et pendant que le vin ruisselle à joyeux flots,
    Je suis gai, si gai, dans mon rire sonore,
    Oh ! si gai, que j'ai peur d'éclater en sanglots !

    Cinq quatrains parmi les neuf que comporte "La Romance du vin" d'Emile Nelligan. Peu de temps après l'écriture de ce poème en 1899, le jeune poète canadien sombre complètement dans la déprime puis la démence.

     

     

    Rage et douleur d'Emile Nelligan, l'incompris

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Le Champ de blé aux corbeaux est l'une des dernières oeuvres de Van Gogh avant sa fin tragique le 29 Juillet 1890

     

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    Musique du film "La liste de Schindler" de Steven Spielberg, composée par John Williams. Une bouleversante déploration d'une tristesse infinie.

     

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