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    Incompris

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Emile Nelligan (Montréal 1879-1941)

     

    [...]

    Je suis gai! je suis gai ! Dans le cristal qui chante,
    Verse, verse le vin ! verse encore et toujours,
    Que je puisse oublier la tristesse des jours,
    Dans le dédain que j'ai de la foule méchante !

    Je suis gai ! je suis gai ! Vive le vin et l'Art !...
    J'ai le rêve de faire aussi des vers célèbres,
    Des vers qui gémiront les musiques funèbres
    Des vents d'automne au loin passant dans le brouillard.

    C'est le règne du rire amer et de la rage
    De se savoir poète et objet du mépris,
    De se savoir un coeur et de n'être compris
    Que par le clair de lune et les grands soirs d'orage !

    [...]

    Je suis gai ! je suis gai ! Vive le soir de mai !
    Je suis follement gai, sans être pourtant ivre !...
    Serait-ce que je suis enfin heureux de vivre ;
    Enfin mon coeur est-il guéri d'avoir aimé ?

    Les cloches ont chanté ; le vent du soir odore...
    Et pendant que le vin ruisselle à joyeux flots,
    Je suis gai, si gai, dans mon rire sonore,
    Oh ! si gai, que j'ai peur d'éclater en sanglots !

    Cinq quatrains parmi les neuf que comporte "La Romance du vin" d'Emile Nelligan. Peu de temps après l'écriture de ce poème en 1899, le jeune poète canadien sombre complètement dans la déprime puis la démence.

     

     

    Rage et douleur d'Emile Nelligan, l'incompris

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Le Champ de blé aux corbeaux est l'une des dernières oeuvres de Van Gogh avant sa fin tragique le 29 Juillet 1890

     

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    Musique du film "La liste de Schindler" de Steven Spielberg, composée par John Williams. Une bouleversante déploration d'une tristesse infinie.

     

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    « La forme des années a changé pour moi, durant que, moi, je changeais.

    L’année n’est plus cette route ondulée, ce ruban déroulé qui depuis janvier, montait vers le printemps, montait, montait vers l’été pour s’y épanouir en calme plaine, en pré brûlant coupé d’ombres bleues, taché de géraniums éblouissants, – puis descendait vers un automne odorant, brumeux, fleurant le marécage, le fruit mûr et le gibier, – puis s’enfonçait vers un hiver sec, sonore, miroitant d’étangs gelés, de neige rose sous le soleil… Puis le ruban ondulé dévalait, vertigineux, jusqu’à se rompre net devant une date merveilleuse, isolée, suspendue entre les deux années comme une fleur de givre, le jour de l’An… »

    Colette – Les vrilles de la vigne - (Rêverie de Nouvel An)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Bonne année à vous

     

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    « Il est grand temps de rallumer les étoiles »

    Guillaume Apollinaire

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    "C’est ainsi, le front aux vitres, que je cherchais autrefois à surprendre, pendant la nuit de Noël, un jardin endormi sous sa neige bleuâtre, ou sous la pluie, ou tout blanc de gel sous les étoiles…
    Je ne bouge pas, de peur de dissoudre, derrière moi, le mirage provincial qui monte de mon passé : un salon fané, où la pendule de marbre blanc marque minuit, entre deux bouquets de houx. Sur la grande table, on a simplement poussé un peu de côté les livres à tranche d’or, le jeu de jacquet et la boîte de dominos, pour faire place au gâteau arrosé de rhum et au vieux frontignan décoloré…

    […]
    Il y a, partout, le chaud désordre d’une maison heureuse, livrée aux enfants et aux bêtes tendres…
    Si je me retourne, reverrai-je – le temps d’un regard, le temps d’un battement de mes cils humides – reverrai-je tout cela ?… Une main touche mon épaule, mais je ne veux pas me retourner… Et cela ne fait rien que quelqu’un me crie dans l’oreille, avec des rires… Cela ne fait rien du tout, puisque j’entends tout de même, comme autrefois, la jeune voix maternelle :
    « Beauté !… mon soleil rayonnant !… Mon bijou tout en or ! Il est tard, va vite dormir… » "

    (Colette - Extrait de " Cadeaux de Noël " éditions de l’Herne)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Matin de décembre

     

    On s'éveille
    du coton dans les oreilles
    une petite angoisse douce
    autour du cœur, comme mousse
    c'est la neige,
    l'hiver blanc
    sur ses semelles de liège
    qui nous a surpris, dormant.

    Guy-Charles Cros ("Avec des mots")

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Bernard Gantner, la douceur de ses paysages d'hiver

     

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    Le pré est vénéneux mais joli en automne
    Les vaches y paissant
    Lentement s'empoisonnent
    Le colchique couleur de cerne et de lilas
    Y fleurit tes yeux sont comme cette fleur-là
    Violâtres comme leur cerne et comme cet automne
    Et ma vie pour tes yeux lentement s'empoisonne

    [...]

    Les colchiques - Guillaume Apollinaire (1902)

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Quentin de la Tour -Portrait préparatoire pastel sec sur papier

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    Chevaux, chevaux de bois, chevaux de pauvre fête,

    chevaux de vive joie (…)

    Jacques Prévert - Extrait de Charmes de Londres

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

    Chevaux aux yeux bleus et mal peints
    chevaux à la crinière de crin
    traversés d'une barre de cuivre
    où le cavalier se tient
    vous tournez sans jamais être ivres
    et jamais vous ne dites rien
    mais déchirante et déchirée
    la musique marche sans arrêt
    et plantés sur votre plaque tournante
    sans jamais l'entendre vous tournez

     

    Carrousel

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     


    Le coeur aime la mauvaise musique
    et sans doute qu'il a raison
    et les chevaux aussi peut-être
    qu'ils aiment de drôles de sons.

    Jacques Prévert - Extrait de Grand Bal du Printemps

     

     

    Carrousel

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Au coeur de l'arbre... mais encore toutes les chansons de cet artiste qui accompagne depuis si longtemps nos états d'âme changeants comme le temps...

     

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    J'ai plus de souvenirs que si j'avais mille ans.

    Un gros meuble à tiroirs encombré de bilans,
    De vers, de billets doux, de procès, de romances,
    Avec de lourds cheveux roulés dans des quittances,
    Cache moins de secrets que mon triste cerveau.
    C'est une pyramide, un immense caveau,
    Qui contient plus de morts que la fosse commune.
    - Je suis un cimetière abhorré de la lune,
    Où comme des remords se traînent de longs vers
    Qui s'acharnent toujours sur mes morts les plus chers.
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     

    Je suis un vieux boudoir plein de roses fanées,
    Où gît tout un fouillis de modes surannées,
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
    Où les pastels plaintifs et les pâles Boucher,
    Seuls, respirent l'odeur d'un flacon débouché.
    [...]
     
    Baudelaire - Les fleurs du mal
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
     
    Portrait de Jeanne-Antoinette Poisson, Marquise de Pompadour, par Boucher
     
     
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    Avec juste raison, le Prix Nobel de la Paix a été attribué ce vendredi à la Coalition internationale pour l’interdiction et l’élimination des armes nucléaires  présentes sur la planète.

    Cette récompense aurait sans doute mis un peu de baume au cœur de Théodore Monod (1902 - 2000) qui n’a cessé de dénoncer le risque monstrueux  encouru par l’Humanité et la planète entière du fait du nucléaire.

    Voici un extrait de ses propos parus dans l’Express du 01/07/97 :

    « Le peu qu'on puisse faire, il faut le faire. Mais je suis sans illusions. Ainsi, nous venons de jeûner quatre jours contre l'énergie nucléaire civile et militaire, cela ne changera rien à rien, le monopole de l'EDF ne va pas vaciller sur ses bases [...] Mais les menaces grandissent. Avec la bombe atomique, on a attaqué une population dans son devenir biologique, et ça c'est inexpiable, diabolique. La prochaine fois, ce ne sera pas Hiroshima, ce sera mille fois Hiroshima »

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    Oui, l'eau coule et l'arbre attend.
    Elle coule au creux de la terre,
    Elle coule dans la chair de l'arbre
    Et l'arbre attend.

    Guillevic

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    Extraits de la Madone Sixtine, prestigieux tableau (retable) peint par Raphaël en 1512, deux angelots mélancoliques repris sur tout et n'importe quoi. La preuve les voici ici...

     

     

    Un  jour les anges

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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    O vieux pins embaumés qui chantez à la brise,
    Debout, sur les coteaux, comme de fiers géants,
    J'aime la nudité de votre écorce grise !
    O vieux pins embaumés qui chantez à la brise,
    J'aime vos bras tendus vers les gouffres béants !
    Vous étiez avant moi sur la rive où je pleure,
    Et quand j'aurai quitté ce monde que j'effleure,
    Vous chanterez encore avec les océans,
    Avec l'homme immortel qu'un souffle pulvérise,
    O vieux pins embaumés qui chantez à la brise,
    Debout, sur les coteaux, comme de fiers géants !

    […]

    Léon-Pamphile Le May

     

     

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    Mais, étant pauvre, je ne possède que mes rêves.

    J'ai étalé mes rêves à tes pieds,

    Marche doucement car tu marches sur mes rêves.

    William Buttler Yeats

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

     

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