Au temps qui reste, à mes vieux parents, à la douceur des choses...
Après quatre mois passés dans la maison de mon père me voici à nouveau loin de lui avec ce fichu sentiment d’avoir abandonné qui grignote insidieusement l’esprit.
Depuis quelque temps il était sombre, peu bavard, mécontent de tout et de tous, rapportant des cancans alors qu’il n’établit plus de contacts avec autrui, ou très peu.
Etait-ce parce que le moment de mon départ approchait ? L’inquiétude a parfois de mauvaises résonances. Comment savoir ?
Mon père fut, du moins jusqu’à la soixantaine, un être étonnant, rebelle, d’humeur changeante souvent joyeuse, dont la nature artiste, contrariée par le veto de parents qui le rêvaient, disons… ecclésiastique, ne put vraiment s’épanouir. Avec la vieillesse vint la rancoeur et les regrets commencèrent à grandir jusqu’à devenir omniprésents. Je devinais, ressentais, désarmée, ses tourments comme s’ils étaient les miens. Il devint désagréable, blessant souvent ses interlocuteurs par son cynisme.
Aujourd’hui ma mère s’en est allée, il a dû quitter sa maison, il est seul et semble ne plus aimer personne, retranché qu’il est dans sa bogue. A chacune de mes nombreuses visites de cet été il n’a cessé de m’accueillir avec l’attitude et les mots de quelqu'un que l’on dérange, "pourquoi viens-tu si tôt, ou si tard, pourquoi viens-tu, tu n’es pas obligée ? tu peux disposer !"
Une façon de transmettre son mal-être ? de faire de la peine ?
Peut-être. Peut-être pas. N’importe ! Depuis toujours je l’aime comme ça, mon petit père et j'ai si peur pour lui qui est si loin !
"Le vieux qui ne voulait pas fêter son anniversaire"