Au temps qui reste, à mes vieux parents, à la douceur des choses...
Marc Chagall - Fiancés dans le ciel de Nice Aujourd’hui, soixante-sept ans de mariage pour mes parents. L’un n’a pas semblé y penser tandis que l’autre, ma petite mère dont les idées à peine nées s’envolent, m’en a parlé dès le matin. Soixante-sept ans...
"Il automne" Barbara... Que les beaux jours sont courts ! Fini la torpeur des après-midi d’été. Il pleut lentement, à petits pas légers sur le jardin défleuri, les feuilles incertaines. Doux pleur. Murmure exquis de la pluie. Ici, sous des dehors trompeurs,...
Nous avons chacun une vision des choses qui rejoint celle de tous lorsqu’il s’agit d’envisager les dernières régions de l’existence. Ces contrées de brumes et de cendres, ces rivages au bord du vide qui nous attend. Nous, et ceux pour qui nous tremblons....
Quand la porte se souvient, Quand la table se souvient, Quand la chaise, l’armoire, le buffet, la fenêtre se souviennent Quand ils se souviennent intensément De leurs racines, de leur sève, de leurs feuilles De leurs branches, De tout ce qui les habitait,...
Penche mon père, en arrière, comme pour rester à tout prix du côté du vu, du connu. Hier, tu entrais en traînant les pieds sur un chemin penchant lui aussi. Fais de 9, de 9 vieux 9, bons à jeter aux orties. Car depuis quelque temps tu détestais l’idée...
C’est comme si sa raison s’émiettait. Mais sa soif d’en découdre reste intacte. Il dort beaucoup, ou plutôt souvent, et lorsqu’il s’éveille c’est toujours la surprise. Il peut se montrer d’une extrême fragilité, sans force, la voix décolorée, la silhouette...
Certaines situations nous amènent parfois à des comportements dans lesquels nous ne nous reconnaissons pas du tout. Qui nous chambardent et nous dépassent. Ainsi je dois désormais avoir recours à quelques cachotteries, quand ce ne sont pas quelques mensonges...
Que faire quand on ne sait plus trop quoi faire ? Naviguer à vue ? Là où je suis, la brume est si dense qu’elle étouffe, donne le vertige jusqu’à faire peur. Dans quelques très courts jours je serai de retour auprès de mes parents. Les nouvelles qui arrivent...
Le monde sans dessus dessous - Marc CHAGALL Mon père, mon drôle, mon étonnant, mon imprévisible père qui ne ressemblait à aucun autre, le temps a eu raison de toi. Sans vergogne il t’a transformé en vieil homme tourmenté, révolté. Existe-t-il un moyen...
Écureuil du printemps, écureuil de l'été, qui domines la terre avec vivacité, que penses-tu là-haut de notre humanité ? - Les hommes sont des fous qui manquent de gaîté. Écureuil, queue touffue, doré trésor des bois, ornement de la vie et fleur de la...
Le vieux et son chien S'il était le plus laid De tous les chiens du monde, Je l'aimerais encore A cause de ses yeux. Si j'étais le plus laid De tous les vieux du monde, L'amour luirait encore Dans le fond de ses yeux. Et nous serions tous deux Lui si...
S’obliger. S’obliger toujours. Comme s’il ne suffisait pas d’être obligé. Ne pourrait-on se détacher ? Ce doit être possible ça, le détachement. Ai-je raison de passer tout mon temps avec mes vieux parents pour leur permettre de rester chez eux, dans...
Gustav K LIMT - Forêt de bouleaux en automne Quelques semaines d’absence et je retrouve mes parents devenus si vieux avec soulagement mais aussi appréhension. Ma petite Mère m’attend, tout en joie, et c’est bon. Mais le sourire de mon père n’est pas au...
Aujourd’hui est un joli jour dans lequel ni l’un ni l’autre de nous trois n’est entré à reculons. Le soleil vient de surgir au-dessus de la montagne, à travers la ligne dentelée des sapins à portée de main. Le ciel laiteux se craquelle et nous offre le...
Dali - La Persistance de la Mémoire (extrait) Aujourd’hui, mon père obstiné a en tête de réparer des choses dont il dit qu’elles ne fonctionnent plus. Les montres, horloges et autres pendules n’ont qu’à bien se tenir si elles ne veulent pas passer sous...
Partout le bruit de l’eau qui goutte, dégoutte des chéneaux, des noues, des linteaux. L’hiver, enfin, se dissous et transforme en haillons sa houppelande d’isatis. De larges et laides taches d’herbe aplatie, décolorée par tous ces jours passés dans la...
N’être plus qu’un esprit ouaté sur l’air opaque de ce matin de brume. Les coudes sur la table du petit-déjeuner, les mains tenant mollement un bol de café noir, le regard tourné vers la fenêtre qui m’offre la maussade réalité de l’automne, je ne parviens...
Chagall - Le Cirque (Litho) J’ai vu hélas dans la vie un cirque ridicule : Quelqu’un tonitruait pour effrayer le monde, et Un tonnerre d’applaudissements lui répondait. J’ai vu aussi comment on se pousse vers la gloire et Vers l’argent : c’est toujours...
Faut-il revenir ? Oui sans doute. Après avoir passé une grande partie du mois de mai chez moi, loin de mes parents me revoici à leurs côtés dans le Pays de Longue Pluie. Sauf que désormais je suis amenée à m’occuper d’eux comme une mère ferait avec ses...
Samedi dégoulinant d’ennui, d’inutile présence entre mon père qui navigue parmi ses habituelles révoltes et ma petite mère qui oublie d’un instant à l’autre la plupart des menus faits de son quotidien. Ma petite mère dont les yeux se mouillent parfois...
Un nouvel hiver commence. Un deuxième hiver que je me prépare à passer auprès de mes parents âgés, affaiblis, dans mon pays de vieilles montagnes et de neige. J’avais presque oublié cette saison qui transforme le paysage, le fait redécouvrir. Chaque volume,...
Gustave Courbet - Le Chêne de Flagey - 1864 Pas de petits bonheurs du jour depuis bien longtemps. Bonheurs boudeurs ? Partir au-devant. Aller jusqu’au verger pour un instant de paix sous le grand pommier. A la lisière du pré, la rivière, hier sautillante,...
« Il se perd un peu » m’a dit le médecin ce matin. Mon père se perd. Perdu parfois ? Ça je le savais, mais tant que nul ne me l’avait dit je n’y voulais pas croire. Et puis que faire face à cela ? Comment l’abandonner à des mains inconnues, à des gestes...
David Hockney - Mother Revenir chez soi pour peu de temps, après longtemps, c’est déroutant ! On voudrait entreprendre mille choses importantes. A quoi bon ! Tout vous appelle, vous interpelle, mais le temps rétréci vous fige, fait de vous une pintade...
L'air en conserve Dans une boîte, je rapporte Un peu de l'air de mes vacances Que j'ai enfermé par prudence. Je l'ouvre ! Fermez bien la porte Respirez à fond ! Quelle force ! La campagne en ma boîte enclose Nous redonne l'odeur des roses, Le parfum puissant...